Nocturnal Motion

Interview : Pops illustratrice onirique

Nous avons eu il y a quelques temps (lors de son exposition au Zubu), l'occasion de nous entretenir avec Pops, artiste que nous apprécions particulièrement. Bonne nouvelle, Pops a mis son talent d'illustratrice au service de Nathalie Bernard pour un livre qui vient juste de sortir (Silence et le garçon des bois). Ce livre pour la jeunesse que l'on peut trouver chez Mollat, Amazon et la Fnac est l'occasion de de publier la teneur de cette entrevue...

Par aileurs, si vous êtes dans la région bordelaise, vous pourrez rencontrer Pops au Salon du Livre de Bordeaux et le 10 avril au Carré des Jalles, à Saint Médard en Jalles!


Bonjour Pops !

Ton site se nomme Toxiclollypops. Cela définit t’il ta personnalité ? Des deux aspects toxic et lollypops, y’en a t’il un qui l’emporte sur l’autre ?


En fait c’est plutôt un reflet de mon travail et au final cela me correspond bien. Pops c’est arrivé comme ça, tout le monde m’appelle ainsi, c’est le côté dynamique, joyeux. Toxic représente le côté incisif, plus agressif ou encore morbide. Toxiclollypops c’est un peu l’opposition entre un univers d’enfance et de violence. Derrière l’imagerie acidulée il ne faut pas se fier aux apparences. Il y a un univers graphique bien précis que j’essaie de développer à travers cette ambiguïté, un univers qui est très lié aux contes de fée, et d’une certaine manière ce doit être un reflet inconscient de ma personnalité…


Tu évoques les contes de fée, il est vrai que lorsque l’on regarde ton travail, on ne peut s’empêcher de penser aux histoires pour enfants. Y’a t’il un conte de référence pour toi ?

J’adore lire des contes… des contes chinois, des contes arabes, des contes modernes, des contes d’Andersen…. Des histoires farfelues et chargées de symboles. Le thème de l’enfance et la symbolique du passage à l’age adulte est sans doute un leitmotiv, une sorte de rite initiatique. C’est ce que représente par exemple la forêt source d’inquiétude et toutes les chimères qui l’accompagnent. On retrouve cette idée dans Alice aux pays des merveilles ou le petit chaperon rouge… Par ailleurs, je développe des personnages qui cherchent leur voie et qui comme les enfants ne savent pas encore à quoi ils sont destinés. Avec ces personnages, je peux manier l’ironie, le paradoxe et l’humour noir. C’est par exemple le cas d’un vampire sans dents (qui ne peut pas mordre) ou d’un squelette qui veut jouer de la trompette (mais qui n’a pas de poumon pour souffler). Je collabore actuellement avec Nathalie Bernard sur un projet d’histoire pour enfant. Nathalie s’occupe des textes et moi je me charge des illustrations.


A propos d’illustrations, tu te définis comme une illustratrice/graphiste. Tu as une préférence entre ces deux facettes ?

Dans mon travail, les deux sont intiment liées. J’aime guider le regard, attirer l’attention, faire passer un message. Que ce soit dans un travail typographique, dans une affiche, une pochette CD… ou dans la composition des formes, des couleurs…. Rester dans le ressenti, le stylisé…


Tu dois t’intéresser de près à la bande dessinée ?

Oui, à la base, c’est vraiment ce que je voulais faire. Mais avec l’illustration, je me rends compte que l’on laisse une part plus importante à l’imagination du lecteur. Ceci ne m’empêche pas de penser à mettre mes histoires en BD. Je reste par ailleurs une dévoreuse de BD !


Tu as également en cours un projet avec EDP+ (Erick de Pannavières) sur le thème du cirque de monstres, ce qui d’une certaine manière rejoint l’une de tes thématiques fortes qui constitue les cauchemars liés à l’enfance. Tu peux nous en parler ?

En effet, j’ai rencontré Erick, au théâtre Barbey lors d’une de ses expositions. Nous avons deux univers assez proches que l’on essaie de fusionner à travers une histoire autour du thème du cirque de monstres. Un des personnages que je préfère dans ce projet, est issu d’une photo réalisée par EDP+. C’est une femme sans jambes, suspendue par des crochets. J’aime beaucoup la représenter comme une poupée ou un automate désarticulé. A travers les souffrances physiques présentes, on pose le doigt sur les souffrances psychologiques. C’est une thématique importante qui rejoint les autres aspects de mon travail. Elle me fascine même.


Parle-nous de ta technique, on retrouve ton goût de l’illustration dans l’utilisation du crayon, non ?

Au risque de faire grincer les dents de nombreux professeurs de dessin, j’adore utiliser un critérium pour faire mes croquis. J’aime donner de la profondeur et du mouvement par un ensemble de hachures… J’aime le côté « pas fini » aussi que permet la mine. Pour les couleurs, je travaille sur photoshop à l’aide d’une tablette graphique. J’aime cet outil car il permet de donner un effet collage. Je mélange des textures, des extraits de photos…


A propos de colorisation, j’ai noté que tu avais un penchant pour certaines couleurs fauves ?

J’utilise souvent des couleurs ultra-saturées. D’ailleurs, tout ce qui est flashy dans la nature est souvent toxique, ce qui me correspond bien. Mais quand je dessine, c’est spontané et les couleurs s’imposent naturellement. Je ne m’en rends compte qu’après coup.


Il y a très souvent une présence animale dans tes dessins, des chats, des poissons, des oiseaux, des insectes ?

Oui, c’est vrai : j’adore les chats et je trouve toujours très agréable et esthétique de les dessiner. Accentuer leur courbe, leur démarche, leur regard…. Pour les oiseaux, ce sont leurs plumes qui me fascinent, le mouvement qu’elles dégagent… Quant aux insectes, c’est une obsession qui date de la fac où j’avais eu un mémoire à réaliser sur le sujet. Un scarabée c’est très graphique à représenter. Par ailleurs l’idée d’insectes géants chevauchés par des enfants comme dans Little Nemo, c’est quelque-chose dans lequel on retrouve le côté monstrueux qui côtoie le merveilleux ce qui n’est pas pour me déplaire.


Il y a dans tout ton travail une certaine esthétique gothique. Quelle est ta perception à ce sujet ?

Ce que j’aime dans ce qui défini l’origine du mouvement gothique, c’est la musique new wave mais aussi le cinéma expressionniste allemand. J’adore l’ambiance de Nosferatu de Murnau… Une ambiance sombre et théâtrale qui joue sur le ressenti de manière très poétique. Je suis très fan des films d’animation des frères Quay aussi…


En ce qui concerne la musique, tu es également la bassiste des Silent Crash ?

Oui, c’est un groupe que j’ai découvert et dont je suis super-fan et avec qui je joue depuis 6 mois suite à petite annonce. Avec eux, je retrouve un côté sombre et mélodique : ça été le coup de foudre. En tous cas, je ne pourrai pas dessiner sans musique.


Comment as tu eu le déclic pour le dessin ?

En fait j’ai toujours aimé gribouiller des petits personnages dans les marges de mes cahiers pendant les cours. J’ai aussi été bercée enfant par les films animés de René Laloux. Et au collège j’ai découvert des artistes comme Claire Wendling qui m’ont aussi fait rêver et donner envie d’inventer mes personnages.


Quels sont tes projets à courts ou moyen terme ?

Eh bien j’ai déjà mes travaux en cours avec Nathalie Bernard et EDP+. Ensuite, j’aimerais illustrer des films comme la famille Adams par exemple, comme je l’ai fait par pour les oiseaux d’Hitchcock pour les éditions «le cycliste ». Je souhaiterais également éditer un calendrier avec les illustrations exposées au Zubu, car j’en ai réalisée une par mois. Celles-ci sont utilisées pour le moment par le webzine bordelais platine33.


Parmi tes illustrations, il y a une « fée » sur une carte. C’est l’ébauche d’un projet de jeu de cartes ?

En fait, il s’agit de la mascotte d’un fanzine appelé Zymase. Je m’occupe exclusivement de la couverture. Mais c’est vrai que l’idée d’illustrer un jeu de tarot est quelque-chose qui me tente bien.


Pour terminer, un portait chinois :

Si tu étais :

Une couleur : rouge
Une ville : Elle serait bleue.
Un tableau : un tableau de Rothko
Un animal : un chat (forcément).
Un livre : un livre de contes noirs.
Un film : un film d’horreur pour enfants pas sages.
Une addiction : la musique.
Un sentiment : à fleur de peau.
Une chanson : close to me des cure… tu as déjà vu le clip ?
Un juron : bordel.
Une citation : « la violence sucrée de l’imaginaire console tant bien que bien mal de la violence amer du réel » R. Topor.
Un son que tu aimes : un son passé à l’envers.
Un son que tu détestes : une mobylette trafiquée avec le côté ridicule qui l’accompagne.
Un mot que tu aimes : toxic.
Un mot que tu détestes : parfait.
Qui proposerais-tu pour illustrer un nouveau billet de banque ? Robert Smith avec la coupe de cheveux en bataille.
Qu’aimerais tu que Dieu te dise après ta mort ? Parce que dieu existe ?
Et qu’aimerais tu lui dire? Ah ben merde alors !


Merci Pops pour tes réponses!


Liens :

www.toxiclollypops.fr
www.myspace.com/popsinouse
www.myspace.com/silentcrashmusic
www.lecycliste.com
www.myspace.com/lebocal
www.erickdpanavieres.com
www.myspace.com/edpanavieres
http://zymase.ovh.org

Propos recueillis par SyN |bio| TiK pour Nocturnal Motion

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